Un printemps sans fenêtre suivi de Réminiscences, R. Farina

Un printemps sans fenêtre suivi de Réminiscences,

Raymond Farina,

éditions Noir & Blanc, nov 2022


Deux recueils en un, pour cet ensemble publié aux éditions Noir & Blanc, fait de souvenirs, de paysages, d’émotions, sur fond de confinement, et que le jardinier, « au seuil de  [ses] quatre-vingts ans » livre au lecteur, l’invitant à renouer avec la nature flamboyante, la mésange et le myosotis, entre « bleu et vert », dans ce monde « blanc » qui a basculé soudainement, avec la pandémie. Cependant, derrière la brutalité et la prise de conscience du délitement, le poète avoue
«  qu’avec tendresse, [il]muguette« 
convoquant les arbres, les cyprès,  ces  » arbres flèches visant l’azur« , ou encore « la trop grave géométrie  » du sapin, les « bois de l’enfance », les « élégants eucalyptus », les oliviers, l’érable…
Rappelant à lui, les « saisons folles« , la féerie des blancs flocons, la mémoire des plus grands poètes et, « la patience des pierres« , celles du Sud lumineux, de la Provence ou de l’Italie, la nostalgie de l’Afrique alors que  » nous avions demandé à l’Afrique de nous faire oublier l’Europe ».

Quand  le silence s’est installé, au cœur de la pandémie, on entendait de nouveau les oiseaux. L’oiseau auquel les poètes ont toujours été fidèles, demeure ce point de repère en ce siècle brutal, lui dont l’espèce, en voie de disparition, inquiète tous ceux qui se sentent encore redevables à la nature de nous porter tant de beauté, et que chacun a plus que jamais recherché.
Ce printemps sans fenêtre que nous avons tous vécus, c’est bien sûr celui de 2020.

« Poète d’un âge certain/vivant dans un temps incertain « , R. Farina nous parle de ce virus venu bousculer nos vies comme la sienne.  » Vais-je en vouloir à  ce virus ? » Quand la nature elle-même, en « artiste de l’imprévu« , facétieuse toujours, s’adapte et ne dit pas son dernier mot.


« J’entends déjà ici et là,
des voix d’extatiques Sibylles,
de mages et de mystagogues
nous chanter que tout recommence
ou bien que c’est la fin du monde,
quand il semble que tout s’épuise
mais pourrait bien continuer
dans une version ou le Pire
prendrait un air de nouveauté. »



Réminiscences pose le « charme entêtant du passé « , comme un éloge des choses et des êtres qui ont été, qu’on a connus, reconnus, aimés,  le bouquiniste et son échoppe, sa caverne d’Ali Baba


« Il y avait -merveille !-

au fond de l’arrière-boutique,

des aliments pour l’érudition :

dans de rarissimes Panckoucke,

un Ovide espéré longtemps,

et l’Oppien où tu retrouvais

les ruses de l’enfant-chasseur,

du Fibel que tu fus jadis. »


Mais encore de ces êtres qui traversent nos vies et laissent leur empreinte, ce vieux chien aimé que l’on  a enterré, ce bric à brac d’une casse automobile et celui qui régnait dessus, les récits lus, insolites souvenirs d’Afrique, poèmes-contes d’un ailleurs, et tout autant, dans sa transparence et son infime consistance, la première neige,

cette neige qui me fait dire

que jamais ne tombe la neige,

que le monde en elle s’élève

et quelle nous enlève au monde. »

 

Ce qui demeure : le plus futile, le plus léger, de la neige ou de l’oiseau « fascinant passant de l’air » qui ouvre l’ensemble et le referme tout naturellement, rappelant que s’envolent neige, mots, questions sans réponses,  temps, instants et oiseaux.


 » … mésanges, quand tout était blanc,

tout était neige autour de toi »

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