les gouffres

En amour, il ne faut jamais rencontrer son double.

Un couple d’amoureux, quand chacun guette chez l’autre une apparition de soi-même, c’est un spectacle qui promet d’être sanglant. Ces amoureux se sont cherchés des années durant, ils ont consacré toute leur énergie à cette quête. Ils se rencontrent, ils tombent, harasses, dans les bras l’un de l’autre ; on croit qu’ils vont s’endormir en paix, se reposer côte à côte, mais non, ils ne se sont retrouvés que pour mieux se massacrer.
Au début, ils ne savent pas encore qu’ils se préparent au grand carnage. Ils ressemblent à deux anges qui se cajolent, ils se découvrent des similitudes, se disent frère et soeur ; sont-ils ensemble, ils s’enivrent de leurs silences ; loin l’un de l’autre, ils se réveillent la nuit à la même heure, ils font l’apprentissage de l’insomnie empathique.

Seuls rencontrent leur double les timorés et les exaltés qui n’ont pas eu le courage de mourir et qui cherchent de par le monde cette moitié d’eux-mêmes capable de leur donner le coup de grâce. Tueur cherche tueur.

L’un va s’offrir comme victime, l’autre se punira de n’avoir pu sauver son double. L’amour qu’ils éprouvent s’accompagne toujours de cette pensée :  » elle cherche ma mort », « il me pousse au suicide »- car ils le savent, l’étreinte ne sera mortelle que pour l’un des deux.

Lu dans Les évangiles du crime de Linda Le, Christian Bourgois éditeur
( écho avec mon dernier roman)

Acrylique et encre, 35×45, Les gouffres

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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