Tous les matins du monde

« Tandis que le chant montait, près de la porte une femme très pâle apparut qui lui souriait tout en posant le doigt sur son sourire en signe qu’elle ne parlerait pas et qu’il ne se dérangeât pas de ce qu’il était en train de faire. Elle contourna en silence le pupitre de Monsieur de Sainte Colombe. Elle s’assit sur le coffre à musique qui était dans le coin auprès de la table et du flacon de vin et elle l’écouta. »

 » Qui est là qui soupire dans le silence de la nuit ? – Un homme qui fuit les palais et qui recherche la musique.

 » Monsieur de Sainte Colombe comprit de qui il s’agissait et il se réjouit. Il se pencha en avant et entrouvrit la porte en la poussant avec son archet. Un peu de lumière passa mais plus faible que celle qui tombait de la lune pleine. Marin Marais se tenait accroupi dans l’ouverture. Monsieur de Sainte Colombe se pencha en avant et dit à ce visage :

 » Que recherchez-vous, Monsieur, dans la musique ?

– Je cherche les regrets et les pleurs.  »

Pascal Quignard, Tous les matins du monde

Acrylique et encre 70×80

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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