Avant l’heure, c’est pas l’heure, après l’heure, c’est plus l’heure, disait mon père.

Tandis que le monde littéraire fait sa rentrée, et que Despentes crée l’événement, je fais, pour ma part, ma non-rentree et je m’en porte très bien, ma foi.

Mon éditeur, qui ne m’a plus donné de nouvelles depuis 18 mois, répond pourtant à une de mes lectrices sur Facebook ( et dire que je me suis inquiétée de sa santé ! ). C’est ainsi que j’apprends par elle que : « ce roman n’est pas encore à paraître ». Selon ses dires, la maison va bien, je m’en réjouis.

Serait- ce donc que mon éditeur me fait des cachotteries. Helas, je n’y crois plus. Il y a des gens comme ça, que l’on croit dissimulateur et qui, en fait, ne sont tout simplement pas aptes au dialogue.

Et puis, c’est vrai quoi, il y a longtemps que j’ai perdu mes illusions. Me reste plus qu’à attendre de reprendre mes droits.

Oui je sais, faut comprendre, y a la crise, le covid, les pénuries de papier et le coût redoublé qui en résulte, la guerre, etc. Bon je sais. Mais…

« L’exactitude est la politesse des rois, ecrit Balzac dans César Birotteau -qui le tient de Louis XIV-, et elle est aussi la fortune des négociants » rajoute notre écrivain prodigieux. Si donc les éditeurs sont aujourd’hui surtout des négociants, il en est encore certains pour confondre le produit et l’auteur de chair et d’âme et, qui traitent ces derniers sensés les faire vivre avec le dernier des mépris -par l’ignorance et le silence – dès lors que justement ils savent qu’ils ne rapporteront rien puisque… le coût de fabrication du livre a doublé, la guerre, tout ça mais que la maison tient bon, il parait..

Relisons ce cher Balzac encore et ses Illusions perdues…

Céder ses droits à un éditeur, lui livrer en toute confiance le produit de ce que l’on a porté si longtemps, parfois dans la douleur et surtout avec amour, est un acte pas si anodin. Dépossédé.e.s et à la merci du bon vouloir du marché, n’est-il pas du moins légitime de souhaiter que soient respectés sinon les termes du contrat, du moins la parole et le dialogue engagés. Ça, ca s’appelle la politesse. Encore une vertu qui se perd ma bonn’ dame.

Je ne suis ni ingrate ni hostile au dialogue. Je suis même de nature douce et patiente ( si, si,). Trop gentille, trop conne, on a dit même. Résignée depuis longtemps, bientôt j’écrirai l’éloge funèbre de mes oeuvres avortées et ce sera sûrement une bonne thérapie. Ça m’apprend l’humilité, le lâcher prise ( ce terme si à la mode) et donc à faire taire mon petit ego bien malmené depuis quelques temps.

Que faire, alors ? Me faut-il cesser d’écrire ?c’est que, comment dire ? je suis un peu têtue.

Bientôt en quête d’un autre éditeur alors ? Hum…

Alors voilà… En attendant, je me retire, dans le silence et une autre parole moins volubile. Les couleurs…

Comme mes « Pas sur la neige » ont eu le temps de geler depuis 2019, date de la signature du contrat chez Vents d’ailleurs, collection Vents noirs et que même la canicule ne les a pas fait fondre, j’apprends aussi la patience et je calme mes chevaux fous.

Parfois le désir s’emousse. Parfois, l’attente prolonge le désir. À voir. Peut-être est-ce

mon polar qui se moque de moi ?

Voyez vous-même… Il faut toujours faire attention à la couverture de son livre, paraît-il… 😉

Je suis triste au fond. Je l’aimais bien cette couverture or et noir…

À paraître un jour prochain donc… avec une autre couverture ou pas… tant qu’il me reste quelques lecteurs…

Merci à vous !!!

un extrait de ce livre « suspendu » :

Elle tente d’ouvrir les yeux, une douleur sourde lui broie les tempes. Un rai de lumière filtre à travers la lucarne, l’aveugle. Elle est ligotée, pieds et poings liés, un bâillon entre les dents. A demie nue, meurtrie. Les murs de la pièce sont sales, délavés, des barreaux obstruent les deux fenêtres fermées par des volets en fer. Le silence emplit l’espace. Le jour naissant donne des contours étranges aux objets épars posés à même le sol : un matelas, une chaise à la paillasse éventrée, une table de camping, un réchaud… une vaste pièce avec, dans un angle, une grande bassine et un bidon d’eau et, à l’autre extrémité, une petite porte entrouverte ; derrière, une cuvette de toilettes. Il lui paraît avoir dormi durant des siècles. Elle prend sa tête entre ses mains, en proie à un violent mal de crâne qui l’empêche de saisir tout à fait la situation. Puis le tambour dans sa tête se calme et une voix psalmodie répétant : « Toi/ tu enseignes/tu enseignes à tes mains/tu enseignes à tes mains tu enseignes/tu enseignes à tes mains/dormir.» Son instinct de survie semble lui commander de bouger. Elle tente de se redresser. De faibles bruits arrivent, étouffés, d’une pièce attenante ou du plafond, à l’étage, un fond sonore comme celui d’une radio. Elle ne peut pas appeler, pas se détacher. Elle cherche un moyen de se libérer de ses liens mais rien dans ce qu’elle voit ne peut y contribuer. Elle parvient à ramper jusqu’à la cloison d’où semblent provenir les sons, elle écoute. À peine s’est-elle calée contre le mur qu’une porte s’ouvre. La silhouette d’un homme se découpe dans la lumière du couloir. Il entre, referme doucement derrière lui, jette ses clés sur le sol de l’autre côté de la pièce. Elle sursaute. Dans la pénombre, la peur imbibe l’air de ses effluves froides. Il s’approche d’elle. Il est si près qu’elle peut sentir son haleine forte de fumeur.

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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