la nuit

En réalité, cest juste que, pendant quelle peint, elle oublie qu’il faudrait qu’elle joue à l’artiste qui vend très bien son travail – ce qu’elle pourrait faire, car elle sait ce qu’elle fait, ce qu’elle peint, même si elle se laisse déborder et surprendre par les tableaux qui naissent sous ses doigts, elle sait aussi que l’inspiration ne tombe sur le râble de personne et qu’il faut travailler, lire, voir, réfléchir, penser son travail, et, le travail intellectuel accompli, alors seulement savoir l’oublier, l’aneantir, savoir lâcher, prise et laisser déborder de ce monde conceptuel et réfléchi quelque chose qui vient d’en dessous, ou d’à côté. Qui fait que la peinture excède le programme qu’on lui a assigné, quand tout à coup le tableau devient plus intelligent, plus vivant, plus cruel aussi, souvent, que celui où celle qui l’a peint. Elle sait ça, elle cherche le moment où c’est la peinture qui la voit, ce moment où la rencontre a lieu entre elle et ce qu’elle peint, entre ce qu’elle peint et elle, et, bien sûr, c’est une chose qu’elle ne partage pas.

Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier. Editions de minuit.

Excellent roman de 640 pages. Ce huis-clos oppressant concentre en une seule journée une histoire de vengeance, une intrigue digne d’un thriller.

Magnifique !!!

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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