pluie

On attend l’eau, la pluie avec impatience pourtant, ne la redoute-t-on pas aussi…?

J’ai écrit ceci il y a bien trois où quatre ans,( extrait initial d’un roman à paraître). Depuis l’accélération des catastrophes climatiques, surtout ce tremblement de terre dans les Abbruzzes que j’avais décrit précisément qqs semaines plus tôt, je retire systématiquement les lieux réels dans le roman

La crue avait atteint son plus haut niveau jamais observé depuis près d’un siècle. Les inondations affectaient désormais toute la planète et celle qui avait traversé la vallée avait ete d’une force destructrice. Sans avertissement -sauf peut-être le roulement du tonnerre dans la haute vallée du Guil et l’entrechoc des véhicules stationnés sur le parking voisinant la rivière, la rivière etait sortie de son lit, avait dévalé la rue principale tel un rouleau compresseur, emportant sur son passage les barrières de sécurité, les caddies du Proxi, les arbres arrachés précédemment par un vent furieux qui avait trouvé à son goût d’accompagner l’orage. L’hiver avait été court mais rigoureux -assez vigoureux avec sa neige tourbillonnante et ses tempêtes sans fin à travers la longue chaîne de montagnes, pour nourrir les sols et la nappe phréatique durablement. Le printemps en revanche s’étirant, ressemblait de plus en plus à un été indien. L’événement était prévisible. Voilà plusieurs semaines qu’il n’avait pas plu, des mois que le ciel se gorgeait d’humidité contenue dans l’atmosphère saturée de particules polluantes. A l’approche du solstice d’été, le climat tournait régulièrement à l’orage, le ciel se dégradait, les saisons ne se reconnaissaient plus. Il neigeait aux portes de juin et il faisait doux à celles de novembre. Les écolos prévenaient, les climatologues le rappelaient régulièrement, avec force et certitude maintenant, les inondations relevaient du réchauffement climatique, la terre de plus en plus chaude créait une évaporation plus intense et donc davantage d’eau dans l’atmosphère qui provoquaient alors des inondations plus fréquentes et plus dévastatrices. Ils avaient beau lancer des appels à modifier nos modes de vie excessifs, nos choix politiques, la terre engrangeait sa souffrance et gardait en mémoire les affronts qu’on lui faisait subir par égoïsme et cupidité, elle se vengerait lentement mais sûrement. Les conversations dans le village s’alimentaient de prédictions funestes creusant un peu plus chaque jour l’angoisse dans le ventre des habitants de la petite vallée pourtant habituée depuis des décennies aux intempéries de toute sorte. Saint-Véran gardait en mémoire la catastrophe de juin 1957 où les digues avait cédé sous la fonte des neiges et les pluies incessantes durant plusieurs jours, alors que la vallée se remettait à peine de la reconstruction de ses villages frontaliers après les combats et l’agression italienne de juin 1940 puis durant l’été 1944 et le printemps 1945 quand les troupes allemandes de montagne tenaient les crêtes. Ceillac, village isolé dans la vallée annexe du Cristillan avait été envahi par un torrent de boue, en pleine nuit, la population avait tout juste eu le temps de se réfugier un peu sur les hauteurs. Cette fois encore c’était dans la vallée principale que des maisons avaient été emportées, tant dans le Haut-Queyras qu’en aval, à Ville-Vieille. Dans la combe, les routes avaient littéralement explosé. Tout autour, d’Abriès, de Guillestre jusqu’à la route qui menait à Briançon régnait le chaos et la confusion. Le torrent dévastateur s’engouffrait dans chaque interstice après avoir bousculé et empilé des tonnes de gravats, matériaux divers arrachés aux trottoirs, pilônes, grilles et portes déchiquetées. Les eaux s’étaient ruées sous les portes restées debout, avait étouffé les cris et le chant des oiseaux, laissant aux feuillages leur musique dans un froissement incompressible. Le ciel continuait à déverser ses larmes maintenant d’acier sous forme de grêlons, certains atteignant la taille impressionnante d’une noix voire d’une orange suivant la comparaison la plus adéquate. Ceux qui avaient eu la prescience de prévoir la catastrophe se calfeutraient chez eux aux étages supérieurs, espérant que la tempête n’emporterait pas leur toiture…Si la réalité de cette catastrophe ne parvint pas tout de suite à ma conscience, le souffle chargé d’humidité et de fraîcheur qui s’engouffra par les portes dégondées du café où j’avais élu domicile un peu plus tôt, me propulsa un quart de seconde avant la vague qui déferla dans l’établissement soulevant tables et chaises, verres et bouteilles, corps hurlant tentant de trouver une issue par l’arrière. Aucun d’entre nous n’eut le temps de s’enfuir, tous piégés à l’intérieur, écrasés par la puissance de l’eau qui avait brisé les objets devenus autant d’armes dans nos corps fragiles. Seul le patron dans un égoïsme plus ou moins conscient était parvenu à grimper sur le toit de l’établissement après avoir refermé à clé la porte de l’escalier derrière lui. Je me souviens avoir été soulevé jusque derrière la caisse enregistreuse qui offrait un renfoncement derrière le comptoir, avoir cru un instant être sauvé dans cet abri de misère, avant de sombrer dans un profond sommeil fatal, englouti sous les bouteilles de vodka, whisky, cognac, rhum, bières et autres boissons favorites, devenues projectile idéal, qui s’empilaient avec force au-dessus de moi, éclatées en mille morceaux, l’alcool se répandant dans les eaux du tsunami la parfumant de ses effluves étourdissantes. L’ironie de l’histoire serait-elle de finir victime d’une toute nouvelle dépendance qu’on a longtemps dénigrée, assaillie par les chopines elles-mêmes ? Sombrer dans l’alcool pour quitter ses souffrances, ses chagrins, ses peurs vous tue tout aussi sûrement mais à plus long feu, me disais-je. Allons, il était temps. Malgré mon imagination débordante ces derniers temps, je n’aurai jamais imaginé finir ma vie ainsi. Quelques jours plus tôt à peine, j’avais décidé de donner corps à mon chagrin. Je m’étourdissais de musique planante, Pink Floyd avait mes grâces ; je sombrais dans des sommeils hypnotiques, benzodiazépines et autres faux-amis m’ayant trop souvent laissé la bouche et les idées plus amères, je cherchais dans le sommeil et la prière une consolation à mes errances morbides. Donner corps au chagrin ou le noyer, disais-je ? …Humeur maussade aujourd’hui je fais et je defais, avant-apres

Acrylique et encre bleue 30×40

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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