Vivre c’est souvent se quitter, Mourir, c’est se rejoindre

Je sais bien que l’heure est aux voeux et que nous appelons tous la lumière partout,  j’avais besoin de rassembler, pour ceux de ma famille Cino , Porcu , Desvignes et proches en particulier qui n’ont pu y assister,  cet ensemble pour un dernier adieu à ma ( notre) mère.
Il n’a, je crois, rien de solennel, et appelle au contraire à l’humilité… j’ai tenu fort  à lui rendre hommage après les tempêtes qu’elle a traversées sans bien comprendre sans doute les dernières.
Je vous invite à parcourir cette page, écouter ces chants de son pays. A la fois intimes et populaires.
Puissent ces chansons et ces textes vous inspirer au seuil de la nouvelle année.
L’amour et la sagesse éteindre la colère ambiante et les faux semblants ❤️

Franco Battiato, auteur et compositeur est un poète sicilien qui chante ici en italien une de ses plus belles chansons. Celle-ci touche au-delà de toutes confessions. Sorte de prière ou mantra oriental, elle est comme un chemin de méditation et de spiritualité. Franco Battiato l’a écrite, inspiré lui même de l’enseignement du philosophe Krishnamurti.

Cette chanson a ouvert la cérémonie de funérailles, à l’entrée du cercueil de notre maman dans l’église, ce 30 décembre 2021. Je l’ai choisie car c’était une de celles qu’on a le plus écoutée, alors que je l’accompagnais durant ses derniers jours.

J’ai lu ensuite ma traduction de cette chanson.

Protège-moi contre les forces adverses,
la nuit, dans mon sommeil inconscient,
quand mon chemin devient incertain,
ne m’abandonne jamais …
Ne m’abandonne jamais…

Emporte-moi au plus haut des cieux
dans l’un de tes royaumes tranquilles :
Il est temps pour moi de quitter ce cycle de vie.
Alors ne m’abandonne jamais …
Ne m’abandonne jamais …


Parce que dans les joies de la plus profonde affection
comme dans les moindres désirs du cœur
Je suis seulement l’ombre de la lumière,
Souviens-toi de moi, combien je fus malheureuse
loin de tes lois et
Dis-moi comment ne pas perdre le temps qu’il me reste.
Ne m’abandonne jamais …
Ne m’abandonne jamais.
Parce que malgré  la paix que j’ai ressentie dans certains monastères,
ou la vibrante compréhension de tous les sens dans la célébration,
Je suis seulement l’ombre de la lumière.


Suivi de mon texte d’adieu

Vivre c’est souvent se quitter/ Mourir c’est se rejoindre, dit le père Antonin dans sa prière aux défunts; Qu’est-ce qu’une vie ? Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que le temps d’une vie s’il ne s’accomplit pas dans la joie et l’amour ? Nos vies sont faites de séparations, d’absences, d’oublis parfois, de sacrifices souvent, inutiles et contre-productifs. Le sacrifice tout comme le désir de perfection ne nous est pas demandé. A s’oublier longtemps on oublie l’autre et on oublie de vivre sa vie. Vivre ce n’est pas se sacrifier mais s’aimer assez pour aimer plus encore.

Je suis revenue un jour de juillet et tu m’attendais. Tu m’attendais alors que tu commençais à te délester de ce temps de sacrifice qui t’avait tant pesé, de ces exigences et de ces idéaux que tu avais abandonnés enfin.

Je suis revenue en ce jour de juillet et durant un an et demi, tu nous a offert, à toi et à moi, une éternité dans un nombre de jours limité.

Alors que l’hiver s’effacera demain

que le vent chaud d’un autre été reviendra

sur cette frontière entre terre et ciel

Toi tu pars

Et toi tu restes

Ensuite Camille, ma nièce, a lu son texte clos par ces vers d’une chanson traditionnelle sicilienne que maman lui chantait quand elle était toute petite, et la dernière fois qu’elle l’a vue:

ciuri, ciuri, ciuri di tuttu l’annu
L’amuri ca mi dasti ti lu tornu.
(fleurs, fleurs, fleurs de toute l’ann
ée, l’amour que tu m’as donné je te le donnes en retour)

Puis, lors de la bénédiction, cette petite berceuse l’a accompagnée :

Ninna, nanna est une berceuse. Il existe plusieurs versions beaucoup plus graves de cette chanson sicilienne, nous l’avons choisie avec Camille pour les mêmes raisons qu’elle la lui chantait aussi et nous l’écoutions souvent les derniers temps.

Erala ninna, erala o (il était une enfant)
erala Ninna o (il était une enfant)

dormi figghiuzza mia, dormi cu to papa (dors ma petite fille, dors avec ton papa)
sugniu vicinu a tia, comu la to mamma (je suis tout près de toi, avec ta maman)

dormi ciatuzzu miu, sunnati la mamma (dors mon petit chaton, chante la maman)
do,do,do….
do,do,do…

Lu suli si curco, la luna gia spunto… (le soleil se couche, déjà la lune apparaît)
Na stidda savviccina, parla a to mamma (je suis à tes côtés, je parle à ta maman)
Dormi ciatuzzu miu, sunnati la mamma (dors mon petit chaton, chante la maman)

do,do,do…
do,do,do…..

erala ninna, erala o
erala ninna o

No no lu signuruzzu angiulu ti fara (le Seigneur, ange te fera)
E tutti i toi malani pi sempi sanara (et tous tes maux pour toujours s’en iront)
Dormi ciatuzzu miu sunnati la mamma (dors mon petit chaton, chante la maman)
Do,do,do…Do,do,do…

Ninna,nanna, ninna,nanna
Ninna, nanna, Ninna, nanna

(traduction personnelle)

Après la lecture de l’Evangile de Jean et la bénédiction, maman a quitté l’église sur cette autre chanson de Franco Battiato, Oceano di silenzio


Un Oceano di Silenzio scorre lento (un océan de silence coule lentement)
senza centro ne principio (sans centre ni principe)
cosa avrei visto del mondo (qu’aurais-je vu du monde)
senza questa luce che illumina (sans cette lumière qui illumine)
i miei pensieri neri. (mes plus sombres pensées)

Quanta pace trova l’anima dentro (quelle paix y trouve l’âme à l’intérieur)
scorre lento il tempo di altre leggi (s’écoule lentement le temps d’autres lois)
di un’altra dimensione (d’une autre dimension)
e scendo dentro un Oceano di Silenzio ( et j’entre dans un océan de silence)
sempre in calma. (toujours calme)

(tradution personnelle)

(la photo en tête d’article est une des dernières que j’ai faites, dont l’horizon est à la jonction de deux rives qu’elle a arpentées)

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

8 commentaires sur « Vivre c’est souvent se quitter, Mourir, c’est se rejoindre »

  1. Cet hommage est très beau.
    Je pense souvent aux bons moments passés ensemble il y a plusieurs dizaines d’années.
    La vie et ses tumultes nous ont séparé mais ça ne m’a jamais empêché de penser à vous tous régulièrement.
    Je vous adresse toutes mes condoléances.
    A un de ces jours peut-être.
    Pace é salute
    Fred Cino

    Aimé par 1 personne

    1. Oui Fred…merci pour tes mots. La vie nous éloigne les uns des autres mais le lien demeure toujours et les souvenirs intacts. Ce qui importe, selon moi, vivants ou défunts, c’est de conserver cette présence par delà le temps et l’espace. Je t’embrasse 😘

      J’aime

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