retour sur une belle rencontre poetique

Ce 27 juillet 2021 -FESTIVAL GRANDS LARGES – Port-de-Bouc (13), Jean-Luc Albert, directeur de la médiathèque Boris Vian m’a invitée à venir lire un inédit (extraits publiés ici) et m’a proposé à mon tour (comme à chaque fois qu’il m’invite) de choisir un artiste ou un écrivain si je le souhaite. J’apprécie beaucoup ces rencontres à deux qui me permettent d’être dans le partage.

Les années précédentes, j’étais venue avec Michèle Bayar, auteur jeunesse qui, à l’époque avait écrit et publié à peu près en même temps que moi un livre dont la thématique était étrangement proche de mon premier roman fantastique.

J’ai choisi cette fois de mettre à l’honneur mon ami écrivain-poète Watson Charles publié comme moi chez Unicité* (Paris), poésie) et chez Legs Edition, maison d’édition haitienne dont je fais partie depuis peu.

Les rencontres se sont faites de plus en plus rares ces derniers temps, une rencontre sous le soleil du midi où je suis née ne pouvait qu’être réussie grâce à Jean-Luc Albert qui sait recevoir comme personne et dont l’énergie et l’amitié sont éternelles.

Ce fut pour moi une belle occasion de renouer avec les lecteurs.

En vue de cette rencontre, les autres organisateurs s’étaient interrogé sur l’éventualité d’un lien entre Port de Bouc et Port au Prince, si éloignés par la distance mais aussi par les sujets qui pourraient être abordés. Mais mon choix ne s’est pas porté au hasard, je savais déjà que Watson et moi, nous pourrions facilement croiser nos lectures et nos regards autour de cette thématique portuaire.

Jean Luc m’avait dit lorsqu’il a eu l’idée de dernière minute de m’inviter : « j’aimerais beaucoup que tu nous lises des extraits de ce récit que tu m’avais fait lire, où il était question de notre ville Port de Bouc, de son port, des Chantiers Navals, de la pêche, etc ».

J’ai choisi donc dans mon roman Celestina (initialement intitulé Un Destin de pierre) des passages où il était question d’immigration, de condition ouvrière, d’amour filial, de mer, de départs et d’arrivées donc d’exil.

Je connais très bien les livres de Watson pour les avoir tous lus, je sais que nos écritures sont proches dans la sensibilité et l’expression et dans les thèmes. Watson se réclame d’un réalisme poétique, mais si dans ce récit intitulé Celestina, nous nous rejoignons (lui en poésie, moi en prose), il était légitime de s’interroger sur le croisement des textes. Pourtant, ça a bel et bien fonctionné 😉 Pour notre plus grand plaisir.

Pour la préparation de cette longue lecture de presque deux heures, j’ai d’abord demandé à Watson de me proposer une quinzaine de poèmes issus du Chant des marées** (texte qu’il avait décidé de lire) que j’ai croisés avec ceux que j’avais initialement proposés à Jean-Luc, extraits de Celestina.

J’ai réalisé un enregistrement de cette lecture croisée de nos textes

Nous avons respecté exactement le déroulé de ma proposition, à ceci près que nous avons improvisé et lu d’autres extraits, à la demande de Jean-Luc et des spectateurs.

Le résultat a été, je crois, enthousiate et pour nous très excitant.

Pour vivre ou revivre donc cette recontre, je vous laisse écouter en cliquant sur le lien et en suivant le texte écrit

Voici l’enregistrement premier avant répétition 🙂

Watson ouvre et ferme l’ensemble

LECTURES CROISEES – Festival Grands larges- De Port de Bouc à Port au Prince – 27/07/21 à la Médiathèque Boris Vian à PORT de BOUC (13)

1/ Watson

Au cœur du monde

nous sommes des pèlerins solitaires

abandonnés à nos ombres…

2/Marie

La lune nous portait vers la mer

et son chant heurté.

En fille de l’ombre, je volais encore son baiser

et comme elle, j’aimais ce qu’elle aimait

et ceux qu’elle aiment :

« l’eau, les nuages, le silence et la nuit,

la mer immense et verte »

3/ Watson

Je marche pour te connaître

Et j’ai dit : Le cœur du poète est un grand secret

Infidèle

J’ai dit : Je marche pour fuir dans tes yeux

4/Marie

L’homme à la peau brûlé joue

sa chair aux paroles tombées

nie les trajectoires

désabusées

descend

sans vigilance

et en bel abandon

demeure dans le vouloir

5/ Watson

Marche, marche,

le vent est ouvert à ton corps

Traversé. Tout cri est un mutisme

qui mène à tes yeux

Chemin. J’aurais aimé te dire que mes pieds ont

connu toute la poussière du monde

Villes. J’ai marché, erré

Jusqu’à l’épuisement de ma chair

Pour vivre les merveilles qui naissent en toi

J’ai vu Sumer t’adorer

J’ai marché pour mourir à tes pieds

6/Marie

Premières vapeurs de l’aube

Premières fumerolles dans le lointain,

calme campagne traversée de lumière

et de solitude

toute une vie encore

Souffles soudés…

A bout de larmes, de sang, de rêves,

murmures de bouches humides : partons, partons, partons

s’entend : pardon, pardon, pardon.

Ailleurs des hommes courent dans les villes endeuillées.

7/ Watson

Il est dit que ton corps

Est une rumeur pour le goût des hommes

Vieux carcan épuisé jusqu’à la puanteur

Des cris qui ne savent que dire

Sinon la jouissance profane de tes jambes

J’ai vu tant de choses en toi

Sodome

Pigalle

La nuit plus claire que le jour

Où les bêtes se nourrissent du sac de ton corps

8/ Marie

La pluie dégringole, la mer est furieuse

et le rouge et le noir ne se confondent pas.

Sable et écume, les vagues roulent

dans les songes désertés, le vent dispersé,

c’est un ciel lourd et noir

de boue et une mer pareille

quand les deux se confondent.

L’ennui, la fatigue et l’errance

oubliés au creux des reins

dans l’immobilité et l’attente,

las, des hommes affaissés blessés écartelés,

les jours s’en vont et eux demeurent.

9/ Watson

Je sais que la terre où tu marches

Ne t’appartient pas, ni le soleil qui luit dans tes yeux

comme une fontaine dans les chemins déserts

Chaque nuit a pour ciel ton regard

Chaque cri fêlé est un chant lancinant

Qui nous surprend comme des damnés

C’est vers ma chute

Que je renais ou dans l’effroi humide

De ton corps transparent

Je sais que le temps luira

Mais souviens-toi que le socle des blessures

Est un regard meurtri

10/Marie

Des deux rives du pourtour méditerranéen, les collines sont toujours les mêmes. Partout des amas de pierres, des milliards d’herbes sauvages sur une terre sèche et craquelée par le vent et le sel, accueillent la fragilité des fleurs violettes du thym, de la lavande, des artichauts sauvages et des chardons bleus. Au milieu de ce fracas de solitude et de lumière éblouissant nos sens, le souffle des saisons s’appuie sur la nudité du silence.

Le chant des oiseaux, celui du rossignol peut-être, porte une promesse d’éveil, une aspiration au ciel, à l’unicité. Nos lèvres gercées, nos yeux humides, nos joues empourprées par la brûlure du soleil appellent l’eau du ciel plus fort que celle de la mer dont le sel parachèverait la meurtrissure du cœur. Dans le souffle aérien des terres brûlées de la Méditerranée, celles de l’Italie et ses terres antiques, la démesure perd sa crédibilité sauf à se laisser bercer par l’azur et la lumière écrasante. Tout l’espace ici est à la mesure de l’homme, dans la simplicité de ses désirs les plus frustres, les plus sereins aussi.

Dans la flamme de l’été, je lis encore ces langues de terres jusqu’aux longues jetées frottées par le mistral et la tramontane, ces ciels immenses. Chaque nuit, j’enjambe des cadavres d’étoiles, des flaques de soupirs dévoilés, j’avance sur des digues étroites, des murets fragiles, en équilibre instable, un pied devant l’autre, lentement pour ne pas tomber. D’autres lieux extraordinaires surgis des songes rejoignent ceux d’un lointain fantasmé : terres brûlées par le soleil, lumières et ombres dans le couchant, cris, silences, musiques inconnues, paroles étranges, jusqu’à ces lieux secrets auxquels nous n’avons jamais eu accès. Anamnèses salées, pleines et savoureuses, ou pierres lourdes roulant dans les replis du cœur, traces à l’encre indélébile.

11/ Watson

Je t’écris pour te dire que mon cœur est une rivière qui coule à ta rencontre. Et que chaque goutte est un hymne à la terre, que chaque cri te dit la levée du jour. Je t’écris comme ce vent qui passe et qui m’emmène vers toi, pour te dire que mon cœur est à la dérive des continents.

12/Marie

Et moi, je cours sur les galets, pieds-nus, en criant avec les mouettes, les bras grands ouverts, puis je me retourne, je t’appelle, sautillant au devant de toi. « Cours pas, tu vas tomber, et mets tes sandales, vite ! » Et je tombe, je ris, je me relève, je ne remets pas mes sandales, les tiens au bout de mes doigts. Je repars, battant des bras, bondissante toujours, légère, toujours légère, une plume. « vaï, t’as pas mal au pied, toi, tu es légère comme une plume ».

De mes toutes premières années, de ce temps où l’innocence était sœur de l’ignorance, ce temps où je ne savais rien, ou savoir ne m’intéressait pas, où rien n’existait que l’amour, je n’ai rien perdu. Peu importe alors qui m’en donnait ou pas. Toi, tu étais là. Je cours sur les galets et tu marches derrière moi, d’un pas tranquille mais sûr, des sourires plein la tête et le cœur. De tous mes souvenirs, la mer est le réceptacle, et aussi celui de mes humeurs, de mes interrogations et mes premiers chagrins.

Le soleil est presque couché, nous marchons maintenant sur le sable tiède, la plage est déserte, les vagues se sont apaisées dans le soir d’été finissant, à flanc d’eau et de sel. On se perd dans l’horizon voilé d’où tombe une brume épaisse, condensation de plusieurs journées trop chaudes. Pas un bruit dérangeant, sinon le cri des oiseaux, un gabian, un moineau, l’aboiement d’un chien au loin, un criquet dans l’herbe du talus. Quand les cigales se taisent soudain dans les pins, nous n’aimons toi et moi que ces silences-là.

13/ Watson

Le soir fondait dans tes yeux

Ce que j’espère de toi n’est pas une vague

Mais ton silence

Qui me parlait tant de voyages

De ta souffrance et tes désirs

J’ai si longtemps espéré la mer dans tes seins nus

Que parfois je rature le jour dans les contours

De tes orgasmes

Et dans la déchirure aux pieds du matin

Non je n’oublierai pas

Mes fantômes

Mes peurs

Mes envies et mon pays,

Oui je n’oublierai pas

Puisque partir est un leurre

Pour oublier soi même

Une porte ouverte du néant

J’ai peut-être souffert et fait souffrir le temps

Mais la mer, ce long tissage qui ronge mon cœur

Pour qu’un jour elle t’appartienne

Comme un fruit maudit

Je voudrais parler ta langue, tes chansons

Pour dire à jamais que je t’aime

Je voudrais te dire tant de choses

Mais le cri du poète est une rivière qui pleure

14/Marie

Chaque exil est une pierre incrustée dans le cœur des hommes dès lors qu’ils craignent pour leur liberté. Dans le crépuscule ou à l’aube, ils sont parfois contraints de partir, laissant tout derrière eux. Ils quittent une terre, une culture, des habitudes de vie et alors ils ne savent pas. Que, lancés dans l’espace, ils seront projetés dans un monde sans attaches, sans nécessité d’être, en oubli d’eux-mêmes et de leur naissance. Pour échapper au destin, il leur faudra sentir sous leurs pieds une terre accueillante. S’ils ne la trouvent pas, alors, ils renonceront parfois à appartenir, à être d’une histoire, d’un lieu, d’une langue et parfois même d’une famille.

Nos mémoires sont emplies de murmures de fantômes. Aucune parole, aucune aube, aucune musique consolatrice n’épuisera jamais les larmes qui s’écoulent de la nuit de l’absence.

Il faudrait dire avec des mots ciseaux pour tailler le silence, des mots oiseaux évadés des cages du souvenir, mais du fond du puits obscur, l’âme soupire et retient son souffle. La transcription au gré du hasard se fait d’encre trop empesée, se dépose telle un limon sur les rives du cœur, la sarcle d’abîme et de mélancolie, retournant la herse des sentiments. Des fantômes de chair dansent sous nos paupières. Nos yeux scrutent en vain dans le noir, nous tendons l’oreille, nos mains cherchent appui. Seuls les mots avec leur mystère nous tiennent debout dans le passage du temps.

15/ Watson

Comment vivre le monde quand je ne connais que toi

Pour réalité

Mon bagne rêve sur tes genoux et d’un pays putréfié.

Combien de fois dois-je le crier

Que toutes les portes des villes soient à mes pieds

Que toutes les femmes soient des fruits mûrs

Pour la bonne récolte.

Que des villes et des terres lointaines

Se lèvent et marchent à poings fermés

Zafra Akkad Gorée Damas

Le temps n’est plus de la bonne semence

Mais souviens-toi que nous sommes des bohêmes.

16/ Marie

Un mistral furieux fouette les vagues qui viennent se fracasser sur les rochers. « Viens on va à la jetée ». La houle est forte toujours, à cet endroit. Chaque jour, matin ou soir, tu te postes là. Souvent seul. Avec moi quelquefois. Partage d’instants uniques. Tout autour de nous, le silence et la douceur de l’aube ou de l’aurore, la fraîcheur des embruns, presque toujours un froid saisissant quelque soit la saison à cause du vent d’ouest. Un peu plus loin, des cris montent des chalutiers au large. Près du port, trois hommes dans une petite barque, des pêcheurs aux calens. « Regarde, ils remontent la daurade et le muge, on ira manger la poutargue tout à l’heure, tu veux ? On ramènera des sardines à ta mère, la poutargue, elle aime pas ça, elle ! » Tu souris, tes yeux se plissent un peu, à cause du soleil. « Tu le vois le fort Vauban, là-bas ». Encore une fois… Elle te fascine cette tour carrée en pierres apparentes entourée de remparts, fortification bastionnée surmontée d’une tourelle cylindrique avec, tout en haut, son phare de trente-deux mètres, qui surplombe un îlot rocheux, reliée au loin par un bras de terre. « C’était un fort d’armes, tu sais, une prison pour les internés politiques mais  aussi, c’était une tour de garde, pour surveiller la ville… » Je t’écoute, méfiante,  « c’est vrai ? Et pardi, si je te le dis !…  tu me crois pas, tsss, on t’apprend rien à l’école ? »  En face, plus loin encore, d’autres grands navires, hauts comme des monuments dans la brume des fumées polluantes des usines pétro-chimiques. Et l’écume toujours qui n’en finit pas dans le tranchant des vagues, de rouler dans la lumière argentée…

17/ Watson

Viens, viens je te dis. Je sais que tu as souffert et que tu t’isoles dans ce pays qui te tue. Viens je te ferai voir la nuit, le temps qu’il fait de l’autre côté de la mer, et si j’invente ton ombre c’est pour qu’un jour enfin, elle parle de moi, de ma dérive, de ta souffrance et de ton corps lunaire. Ainsi, je n’aurai plus peur que mes cendres soient sur tes yeux, et je chanterai des chants nouveaux, et les fleurs bâtiront ton empire, les enfants diront de toi les promesses.

18/Marie

p. 114- Celestina

Nonnette était le livre d’Histoire jamais ouvert à l’école et encore moins dans la famille de Célestina. Elle retrouvait son amour de la transmission malgré sa vocation d’institutrice étouffée par les hasards de la vie. Elle faisait, à chacune de leurs rencontres, des incursions très larges dans la géographie et l’histoire de ces terres qui paraissaient, en plus d’être séparées par la mer, baigner comme des morceaux de rêve dans les nuits agitées, aussi énigmatiques que merveilleuses de Célestina. Elle n’hésitait pas à donner des détails de son vécu qui rajoutaient à l’histoire officielle une couleur pittoresque. Elle entreprit ce jour-là de lui expliquer l’origine de la misère de l’île, que son orientation politique chargeait avec ardeur et sans retenue, à l’encontre des riches. C’est ainsi qu’elle lui parla du système de domination et du droit de propriété mis en place par les rois de Savoie qui avaient instauré su chiudende (les clôtures), qui bornaient les parcelles qu’auparavant se partageaient les bergers et les paysans, en se les disputant régulièrement et qu’ensuite, quelques plus malins, les Dons1, se sont octroyés. Ces derniers se sont ainsi appropriés des territoires immenses asservissant une population qui les avait travaillés des siècles durant.

« —Tes grands-parents ont quitté leur terre avec ce souvenir d’esclavage. Pour qui part sans retour, la terre d’origine demeure telle qu’en l’état où il l’a quittée tant que le savoir n’entre pas dans la maison. À ton père, on n’a rien transmis de tout ça, mais il a une grande conscience politique et un désir d’apprendre. Frotté aux luttes ouvrières, aux réunions syndicales, aux journées communistes, son savoir était celui du pays qui avait accueilli sa famille et qui, désormais, symbolise cette vie meilleure qu’il veut pour vous en France, « un pays bien plus en avance sur les progrès industriels, un pays qui ne laisse pas les siens crever de faim ». Rien ne peut lui enlever de la tête que, même travailler à l’usine ne sera pas pire qu’une vie dans un pays où on crève de faim. La preuve, lui, il a la possibilité de revendiquer et de se mobiliser. C’est là son seul mode d’expression. Ses réunions de compagnonnage sont le terreau d’amitiés indéfectibles. Avec ses camarades, il peut critiquer les patrons, faire des grèves, rêver à toujours mieux.

—Oui, il aime les retrouver, le dimanche, pour le tiercé ou l’arrivée de la pêche sur le port. Ce sont ses meilleures consolations parce qu’être ouvrier, ce n’est peut-être pas ce dont il aurait rêvé comme vie. Il aurait mieux aimé un métier proche de la nature…

— En naissant en France c’est une autre condition -celle des ouvriers, qui demeure la classe la plus méprisée, qu’il a adoptée. Celle d’un ouvrier de longue peine, obligé d’obéir aux ordres d’un patron, abîmé par un travail ingrat, plié en quatre dans des tuyaux de fer pour souder des pièces inaccessibles, obligé de respirer mal dans la chaleur des fourneaux, monté sur des palans à plusieurs mètres du sol, cassé par des heures de maintenance, aveuglé par les limailles de fer, ces « pailles » qu’il demande parfois qu’on lui enlève le soir à la lampe… Ouvrier floué, détruit par le mépris de patrons en quête de profit, abusé à cause d’un matériau toxique, inhalé, avalé, l’amiante… ça n’est pas tolérable et pourtant le sort de tant de personnes sur cette planète.

— Ça a commencé, je crois, quand il a travaillé pour les Chantiers navals.

— Oui, il était soudeur, penché des heures durant à longueur de jour, sur le flanc d’une coque de navire, les yeux brûlés par les éclats de limaille que le fer à souder faisait étinceler… Ah les ouvriers n’ont pas la vie facile, c’est sûr. Mon Paolo aussi était ouvrier. Et comme beaucoup de leur génération, ton père n’imaginait sûrement pas sa vie ainsi.

— C’est pour ça qu’il avait à cœur ce défi de défendre « le plus petit ».

— Oui, à l’image de ce personnage de Salvatore Satta qui a pris pour devise : « la route des sommets, le soleil dans les yeux », symbole de la révolte des pauvres contre « su connottu » (la tradition), qui fait loi. Il s’agit de ne plus être berger ou paysan déshérité.

 

19/ Watson

Enfant de la terre mal aimée

Enfant

Calciné de la guerre

Je continue ma route

Car ma soif est lointaine

Enfant de tous les pays

Parias du monde

Je viens de loin.

*Watson Charles – Le chant des marées – éditions unicité – 90p

**MJ Desvignes- Haut coeur de pierre – Editions unicité

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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