rivieres

Au pied du moulin, les rivières s’unissent. Elles coulent tout d’abord côte à côte, indécises, intimidées par ce rapprochement tant attendu, puis elles se précipitent l’une dans l’autre et se perdent dans leur étreinte. La rivière qui jaillit de ce creuset n’est plus ni Blanche ni Noire, mais elle est puissante et fait tourner sans peine la roue du moulin. Antan est baigné par les deux rivières de même que par cette troisième, issue du désir éprouvé par l’une pour l’autre. La rivière née de l’union de la Noire avec la Blanche au pied du moulin s’appelle la Rivière. Elle poursuit son cours, calme et apaisée.

Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk

Mon roman avance, il part dans tous les sens et suit le cours des rivières et des fleuves qui le jalonnent, j’écrivais ceci il y a quelques mois, bien avant de lire ce qui est ci-dessus, j’aime quand un auteur fait écho (souvent en mieux n’est-ce pas, soyons modeste) à ce que je veux exprimer :

Une histoire d’amour nous prend comme une vague, dans son mouvement lascif, nous emporte et parfois nous laisse échoué sur le rivage. Comme la pluie qui tombe sur nos têtes, peut mettre de quelques minutes à plusieurs milliers d’années pour rejoindre la rivière, le lien qui unit deux êtres peut se défaire à jamais ou se continuer par-delà le temps et l’espace. Il se transforme mais reste mouvant, évanescent et impalpable comme l’eau des rivières s’écoule longtemps, chacun des affluents s’évadant de leur côté, avant de se rejoindre dans l’océan pour se séparer à nouveau et recréer ailleurs d’autres petites rivières, dans un mouvement incessant et le rapt des nuages.

et plus loin encore :

Chaque être est une rivière soumise aux variations « climatiques » ambiantes, elles demeurent fluides ou mouvantes un temps, plus ou moins fréquemment tempêtueuses quand elles fusionnent ou bouillonnantes quand elles sortent de leur lit. Il faudrait ne jamais quitter le lit de la rivière. Chacune de leurs crises, comme des petites rivières qui charrient, dans leur trajectoire, cailloux, sable, éléments, en suivant le grand fleuve pour se jeter dans la mer, absorbait leurs peurs, leurs doutes, leurs résignations, leurs effondrements, leurs retrouvailles. Mais la fixité n’existe pas dans ce corps qui, composé d’eau à quatre vingt pour cent dès sa naissance, sait que, chaque jour, tout se défait. Tout est mouvement, changement, variations. Le temps des rivières défie tous les lieux de réunion. Leur temps était linéaire, absolu, infini. Ils s’étaient perdus en cours de route, parfois dans des déserts qu’ils n’arrivaient pas à abreuver, s’épuisant à chercher la mer, se laissant tarir avant qu’une pluie providentielle ne les ramène vers le cours du fleuve impétueux de leur vie. Alors, le fil des heures coulaient à nouveau, fluide, paisible. La sismographie de leur amour était faite de traits amers, larges et continus, les ondes sismiques de leurs émotions traversaient l’air et venaient se fracasser dans les silences de l’un, les angoisses de l’autre.

(extraits de mon roman en cours, roman fleuve comme je disais, au propre et au figuré, le finirai-je jamais et pourquoi ? )

Acrylique sur toile, 45×45

Acrylique sur toile, 45×45

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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