la grotte des ours

Ils avancent sans se retourner, se tenant par la main. Le garçon serre très fort la main de la petite de peur de la perdre. Un halo de lune montante éclaire à peine le début de la nuit.

— Tu me fais mal, lâche la fillette en collant sa joue contre son ours délavé et sale.

— ça va aller, ne t’inquiète pas, on va se cacher, ils ne nous trouveront plus maintenant.

Il fait sombre entre les arbres, pas de lune pour éclairer le chemin, les broussailles leur écorchent les mollets, griffent la peau fine à l’intérieur des genoux, s’accrochent à leurs chaussettes courtes et leurs baskets trouées. La petite a froid, elle sanglote, habillant son doudou de morve claire, s’essuyant avec son bras sans le lâcher.

— Tu as dit que c’était bientôt, j’ai froid.

— Oui, sois patiente, dit le garçon, sans s’énerver, braquant sa lampe torche d’une main, de l’autre serrant celle de la petite. Il s’arrête, s’accroupit auprès de sa sœur, essuie ses larmes et l’embrasse sur la joue. La nuit est bien commode pour ne pas lui montrer que lui aussi il pleure.

Quand ils atteindront le cœur de la forêt, ils se cacheront dans une de ces masses grises plantées au milieu de nulle part que la mousse a recouvertes par endroit, enfouies au milieu des herbes et du chiendent, cœur palpitant de mystère et de violence, centre végétal et minéral vibrant comme un sein maternel, un lieu que leur imaginaire a souvent visité, pas si hospitalier que ça.

—Je veux maman, dit encore la petite. Et sans réponse de son frère, elle n’ose pas reposer sa question. Revenir en arrière, ils savent que c’est impossible, ils sont partis en emportant un sac de couchage, quelques biscuits et de l’eau a dit le garçon, on ne sait jamais. Tout était prêt depuis longtemps, même les horaires de train. Ils regagneront la gare aux premières lueurs du jour. Bien sûr, ils seront recherchés, bien sûr leur mère s’inquiétera, bien sûr mais elle a promis de les rejoindre.

Arrivés sur le sable, il soulève sa soeur qui tombe de fatigue et dit : tu ne devras pas avoir peur, d’accord ?

—On va dormir dans la grotte des ours ?

—Tu te souviens ce que c’est ?

La petite fit oui de la tête silencieusement, en reniflant, dans un sourire à peine perceptible et un froncement des yeux inquiet.

—On ne restera pas longtemps, je te le promets. Après, on prendra le train.

Il repose sa soeur, dépose sa veste sur les épaules de l’enfant ; ils avancent parmi les ronces jusqu’à ce lieu ouvert aux quatre vents que la réalité rend désormais plus inquiétant de nuit que de jour. Elle hésite, s’arrête à l’entrée et dit :

—Comment on va faire pour entrer dans la grotte des ours ?

—T’inquiète pas, je te tiendrai quand on se glissera dans le trou…

(roman en cours d’écriture)

anciennes mines de fer sur la frontière française prés d’Halanzy, photo Patrice Breno
Acrylique, à l’éponge, 32×42

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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