Rien si ce n’est la beauté

Saint-Julien, petite ville du Nord à quelques minutes de l’établissement de rééducation. Pour Simon, le dépaysement n’était pas si total contrairement à ce que croyait Lena. Il avait grandi dans une de ces régions froides et brumeuses où les jours bleus se comptaient à peine en un millier d’heures annuellement mais où le ciel s’ouvrait sur de vastes étendues de sel dès lors qu’on quittait les contours chimiques de la ville, et où les forêts renfermaient des secrets et des ombres plus noires que celles de son cœur. Il gardait des souvenirs contrastés de ces paysages mystérieux que le gel figeait parfois, donnant aux arbres et aux bosquets des allures de statues de marbre, géants et nains polymorphes en robe de dentelle s’y côtoyaient arpentant son imagination, la nuit venue. Certains jours de grand froid, les stalactites implantées sur la paroi des falaises formaient de gigantesques mâchoires avec leurs pics de glace prêts à vous mordre. Le voyage lui avait permis de renouer avec une nature contrastée faite de vallons et de collines, de plateaux et de dépressions marécageuses où tout se succédait dans une luminosité changeante et irréelle. Il regardait entre les nuages défiler les plateaux boisés, les bocages et au loin le littoral avec ses plages bordant les grandes falaises de craie. A l’intérieur des terres, les cerisiers en fleur déversaient leurs dégradés de blanc au rose vif comme autant de rêves de plumes s’envolant dans l’air printanier des vergers.

Lena s’était assoupie à ses côtés. Simon s’attarda un instant sur ce visage poupin aux joues rosies par la chaleur de l’habitacle. L’incarnat qui animait ses pommettes où la peau si fine était quasi translucide la rendait encore plus touchante, presque enfantine. Elle s’étira et lui demanda si tout allait bien et quelle heure il était. Il lui tardait d’arriver…

(extrait d’un roman en cours)




« De la matière friable que peut-on retenir ? Rien, si ce n’est la beauté. Aussi doivent nous suffire les fleurs des cerisiers et les chrysanthèmes et la pleine lune », Czeslaw Milosz

Pastel, format A4, réalisé ce matin aux aurores 🙂

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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