Enigmes

Pour Simon, le dépaysement n’était pas si total contrairement à ce que croyait Lena. Il avait grandi dans une de ces régions froides et brumeuses où les jours bleus se comptaient à peine en un millier d’heures annuellement mais où le ciel s’ouvrait sur de vastes étendues de sel dès lors qu’on quittait les contours chimiques de la ville, et où les forêts renfermaient des secrets et des ombres plus noires que celles de son cœur. Il gardait des souvenirs contrastés de ces paysages mystérieux que le gel figeait parfois, donnant aux arbres et aux bosquets des allures de statues de marbre, géants et nains polymorphes en robe de dentelle s’y côtoyaient arpentant son imagination, la nuit venue. Certains jours de grand froid, les stalactites implantées sur la paroi des falaises formaient de gigantesques mâchoires avec leurs pics de glace prêts à vous mordre. Le voyage lui avait permis de renouer avec une nature contrastée faite de vallons et de collines, de plateaux et de dépressions marécageuses où tout se succédait dans une luminosité changeante et irréelle. Il regardait entre les nuages défiler les plateaux boisés, les bocages et au loin le littoral avec ses plages bordant les grandes falaises de craie.

*****

Samuel Lambert était assis dans son fauteuil, assoupi, sa pipe froide exhumant encore quelques restes de vapeurs ambrées, posée entre ses doigts, sur ses genoux. Il n’entendit pas qu’on l’appelait. Alors, les deux femmes ressortirent pour faire carillonner la cloche d’entrée et attendirent un peu. Il sortit au bout de cinq bonnes minutes, lentement, sa casquette vissée sur la tête. Il grommela quelques mots à peine audibles en direction de la « poulaille » « z’êtes encore là ! Quelle heure est-il, bon sang, vous fichez jamais la paix aux gens vous », etc… Il vit à peine qui accompagnait Solène qu’il avait pourtant bien reconnue. Esther se tourna vers son amie et grimaça. Ses boucles rousses ramassées sous son bonnet s’échappèrent d’un coup quand elle le retira et là seulement, le vieil homme se redressa fièrement pour accueillir sa fille.

—Ah tu es là aussi, toi. Bon, ne restez pas devant la porte, entrez vous mettre au chaud, ce vent est glacial.

Deux courts extraits de mon roman en cours d’écriture, Souviens-toi d’oublier.

Et pour les illustrations, rien à voir pour une fois, des collages réalisés ce week end de pleine lune de printemps, le premier à partir d’une photo prise hier soir depuis mon balcon, à laquelle j’ai ajouté quelques éléments dont un détail d’une acrylique récente

Dans ce second collage, on retrouve un même élément, énigmatiques collages

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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