fermé pour travaux !

Il me semble que mes collages sont finalement très oniriques, bien davantage que mes réalisations à l’encre ou aux pastels. Dernièrement, de nombreux rêves remplacent les cauchemars de mes nuits toujours agitées. Tout dernièrement, le rêve d’un immense cerisier fleuri portant fruits très mûrs, presque noirs et très gros, me laissa dans une béatitude toute une journée ; quelques jours plus tard, un grand coup de tonnerre au milieu d’un rêve paisible, où une porte-fenêtre de ma maison s’ouvrait avec grand fracas, et sans que j’aie de difficultés à la refermer, laissant l’orage gronder dehors tandis que je demeurais bien à l’abri ; dans un autre encore la même semaine, je prenais dans mes mains un canari jaune et blanc très dodu que j’avais du mal à tenir tant il remuait et malgré ma peur de le blesser, je ne songeais qu’à lui rendre sa liberté, oubliant que souvent les canaris (oiseaux de captivité) ne se libèrent pas. C’est d’ailleurs ce qu’il fit, refusant de partir, il revint auprès de moi et ne me quitta plus, voletant en liberté dans l’espace de ma maison.

J’y vois de bons présages, au milieu du désastre de ma vie actuelle. Allons bon, heureusement qu’il nous reste nos rêves. Ce collage tente d’illustrer comme le précédent un passage d’un état à un autre. Il est des moments dans la vie où passer par le chas d’une aiguille est plus facile que de tenter d’entrer en grâce par la porte étroite. Les arbres de ma route sont hallucinés, pas de lumière au bout, qu’un passage encore sombre. Heureusement, demeure l’hirondelle, avec elle, le printemps, alors quand elles sont deux…

En extrait, le rêve de Walter Benjamin dans Sens unique est peut-être moins souriant mais probablement tout aussi prometteur de renouveau.

« Fermé pour travaux !

En rêve je m’ôtai la vie avec un fusil. Quand le coup partit, je ne me réveillai pas, mais me vis durant un moment étendu comme un cadavre. Ensuite seulement je m’éveillai.

Sens unique, Walter Benjamin

*****

Parmi les rêves diurnes, il en est qui demeurent des espoirs, sinon des illusions, rêver toute une vie de voyages et de grands espaces et rester rivé à sa chaise, mais oui les livres, qu’on les lise ou qu’on les écrive, sont aussi une invitation au voyage.

Un jour, je lui ai demandé si elle souhaitait voyager. Elle m’a dit qu’elle ne souhaitait rien, et qu’il lui suffisait de savoir que ces pays existaient, qu’ils étaient beaux, qu’il était permis à d’autres d’y aller…

-Toi, Jérôme, tu désires voyager ?

-Partout ! la vie toute entière m’apparaît comme un long voyage – avec elle, à travers les livres, les hommes, les pays…

-Songes-tu à ce que signifient ces mots : lever l’ancre ?

-Oui ; j’y pense souvent », murmura-t-elle.
Mais moi qui l’écoutais à peine et qui laissais tomber à terre ses paroles comme de pauvres oiseaux blessés, je reprenais :
« Partir la nuit ; se réveiller dans l’éblouissement de l’aurore : se sentir tous deux seuls sur l’incertitude des flots…-

La porte étroite, André Gide

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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