souviens-toi d’oublier, extrait#4, inédit

Titre: Reset
Auteur: Jaunter
Source: https://jaunter.bandcamp.com
Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/
Téléchargement (6MB): https://auboutdufil.com/?id=497

« La nuit je veux parler avec l’ange, pour savoir s’il reconnaît mes yeux… » Rilke

Les rues charriaient les vestiges d’une ville dévastée. Des monticules de gravats, des branches et des troncs d’arbres s’entrechoquaient, déferlant avec violence dans un lent travelling, comme dans un cauchemar. Les véhicules s’amoncelaient les uns sur les autres. Ailleurs de grands fracas se poursuivaient et le piaillement des oiseaux avait cédé la place aux vrombissements rocailleux des vannes du ciel grandes ouvertes, robinet géant se déversant comme pour laver les miasmes et les peurs de ces derniers jours. Simon et Kalisha s’étaient disputés un peu avant la déferlante, sous les éclairs et le feu de l’orage. Pris dans leur propre tumulte, ils s’étaient séparés après s’être jetés au visage une volée de mots que le vent dispersait désormais dans la brume. Il avait tourné les talons comme à son habitude, elle avait hurlé comme à la sienne. Avait-il pris sa voiture ? Possible. Ou pas. Elle le soupçonnait d’être un peu trouillard, d’ailleurs il le lui avait dit une fois : tu sais, je suis peureux en vérité. – Va au diable, lui avait-elle lancé, pleurant de rage, s’agaçant rapidement de ce qu’il prenait pour un ultime caprice. Qui des deux faisait l’enfant ? Malgré la tempête, elle avait couru nus pieds sur l’asphalte, dégoulinante d’eau, de honte et de regrets, larmes et pluie se mélangeant en elle et hors d’elle, la laissant liquide de la tête aux pieds. Elle avait cru voir sa voiture tourner le coin de la rue, alors elle avait couru encore et avait pris la sienne, s’était retrouvée piégée par les eaux, entraînée par le torrent de boue qui se déversait depuis le haut de la colline. Le véhicule finit sa course par dessus le pont et plongea dans le fleuve, s’enfonça dans les eaux noires tourbillonnantes. C’était trop tard, elle mourrait noyée, c’est sûr. Pourtant, l’eau n’avait pas encore pénétré l’habitacle. Elle l’appelait mais cette fois Simon n’était pas là ? Soudain, elle se figea devant l’apparition d’un visage à la beauté parfaite, au devant d’elle. Elle hurla ! Etait-ce un mort ? L’inconnu, pris au piège comme elle probablement semblait égaré mais pas apeuré. Un peu ailleurs, un peu d’ailleurs. Son visage n’exprimait aucune émotion. Il la fixait sans ciller. Ses longs cheveux noirs flottaient au-dessus de lui. Il étendit son bras dans un geste lent. Elle était enfermée dans l’habitacle, comment attraper cette main ? Il semblait si irréel. Que faisait-il là ? Et qu’attendait-il ? Il la fixait toujours. Des secondes qui lui parurent des heures. Au secours, aidez-moi ! Cria-t-elle. Ses mots résonnèrent étrangement comme s’ils se heurtaient entre eux contre les vitres. L’homme continuait de l’observer sans un geste, son regard sombre et lumineux l’hypnotisait. A la fois, tendre et déterminé, il semblait maîtriser l’instant. Puissance et douceur, voilà ce qu’exprimaient ce regard et cette présence rassurante. Elle eut l’impression d’un rêve au milieu de son cauchemar. Pure hallucination ou mirage, cet être providentiel, quel qu’il fût, lui semblait le fruit de son imagination, de son désir de vie encore puissant. Puis un second choc la sortit de sa torpeur momentanée. L’eau commençait à s’infiltrer par les sorties d’air du chauffage, elle les rabattit nerveusement, le véhicule sombra lentement, alla se déposer dans la vase sans qu’elle puisse rien faire qu’attendre sa fin certaine. La carcasse s’échoua brutalement dans le fond et sous la secousse, la ferraille s’ébroua une dernière fois bousculant tout à l’intérieur. Kalisha se retrouva propulsée contre le pare-brise qui vola en éclats. En une seconde, tout tourna autour d’elle et en elle. Par réflexe, elle retint sa respiration, son pied frappa l’aile droite du véhicule. Elle sentit l’eau glacée la suffoquer, son sang se figer sous la compression de son coeur déjà éprouvé. Le visage de Simon s’immisça un quart de seconde dans ses pensées. Tout à coup, elle se sentit soulevée, enlevée par des bras puissants serrés autour de sa taille. Elle ne respirait plus, l’eau s’était infiltrée partout en elle, sous l’appel d’air provoqué par la force de l’eau contre les vitres du véhicule, faisant voler en éclats la totalité de l’habitacle. C’est fini ! C’est fini ! entendit-elle et elle sombra.

(roman en cours d’écriture)

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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