Extrait de Souviens-toi d’oublier #2, (en cours d’écriture)

Tout autour de nous régnait le chaos et la confusion, le torrent dévastateur s’engouffrait dans chaque interstice après avoir bousculé et empilé des tonnes de gravats, matériaux divers arrachés aux trottoirs, pilônes, grilles et portes déchiquetées. Les eaux s’étaient ruées sous les portes restées debout, avait étouffé les cris et le chant des oiseaux, laissant aux feuillages leur musique dans un froissement incompressible. Le ciel continuait à déverser ses larmes maintenant d’acier sous forme de grêlons, certains atteignant la taille impressionnante d’une noix voire d’une orange suivant la comparaison la plus adéquate. Où était Lou ? J’avais tenté de la joindre au téléphone plusieurs fois sans succès, j’avais appelé Clara, elle ne répondait pas non plus. Où étaient-elles ? Peut-être coincées dans un lieu, à l’abri, je l’espérais, en tout cas. Que faire, à part attendre ? Je ne m’étais pas résigné à attendre et j’étais ressorti, espérant, en vain, la trouver dans le seul lieu où nous nous retrouvions tous si souvent.

Ceux plus prudents qui avaient eu la prescience de prévoir la catastrophe se calfeutraient chez eux aux étages supérieurs, espérant que la tempête n’emporterait pas leur toiture…

Si la réalité de cette catastrophe ne parvint pas tout de suite à ma conscience, le souffle chargé d’humidité et de fraîcheur qui s’engouffra par les portes dégondées du café où j’avais élu domicile me propulsa dans un autre monde, un quart de seconde avant la vague qui déferla dans l’établissement soulevant tables et chaises, verres et bouteilles, corps hurlant tentant de trouver une issue par l’arrière. Aucun d’entre nous n’eut le temps de s’enfuir, tous piégés à l’intérieur, écrasés par la puissance de l’eau qui avait brisé les objets devenus autant d’armes dans nos corps fragiles. Seul le patron dans un égoïsme plus ou moins conscient était parvenu à grimper sur le toit de l’établissement après avoir refermé à clé la porte de l’escalier derrière lui. Je me souviens avoir été soulevé jusque derrière la caisse enregistreuse qui offrait un renfoncement derrière le comptoir, avoir cru un instant être sauvé dans cet abri de misère, avant de sombrer, englouti sous les bouteilles de vodka, whisky, cognac, rhum, bières et autres boissons favorites, devenues projectile idéal, qui s’empilaient avec force au-dessus de moi, éclatées en mille morceaux, l’alcool se répandant dans les eaux du tsunami la parfumant de ses effluves étourdissantes. L’ironie de l’histoire, c’est bien de finir victime d’une dépendance qu’on a longtemps dénigrée, assailli par les chopines elles-mêmes, non ? Sombrer dans l’alcool pour quitter ses souffrances, ses chagrins, ses peurs vous tue tout aussi sûrement mais à plus long feu, me disais-je. Allons, il était temps. Malgré mon imagination débordante ces derniers temps, je n’aurai jamais imaginé finir par vie ainsi. Quelques jours plus tôt à peine, j’avais décidé de donner corps à mon chagrin. Je m’étourdissais de musique planante, Pink Floyd avait mes grâces ; je sombrais dans des sommeils hypnotiques, benzodiazépines et autres faux-amis m’ayant trop souvent laissé la bouche et les idées plus amères, je cherchais dans le sommeil et le retrait du monde, une consolation à mes errances morbides. Donner corps au chagrin ou le noyer, disais-je ? »

(roman en cours d’écriture)


la lumière se fend
en voûtes lumineuses,
en une présence pure ineffable et dormante

nos silences s’arrêtent là où nos ciels se perpétuent

Haut coeur de pierre, Editions Unicités

Métamorphose- Acrylique 32×32

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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