Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, Kandinsky, folio essais

Kandinsky composition_6

« Composition VI » (1913) de Wassily Kandinsky (1866-1944)

« faire un art pur au service du divin » Kandinsky (cité par Philippe Sers, spécialiste de Kandinsky, dans l’émission Les Regardeurs sur France culture)

« Sienkiewicz, dans l’un de ses romans, compare la vie spirituelle à la nage : celui qui ne travaille pas sans relâche et ne lutte pas sans cesse contre l’enfoncement coule irrémédiablement. Et le don naturel de l’homme, le « talent » (au sens de l’Evangile) devient alors une malédiction, non seulement pour l’artiste qui l’a reçu, mais aussi pour tous ceux qui mangent de ce pain empoisonné. L’artiste utilise sa force à flatter des besoins inférieurs ; il donne une forme prétendument artistique à un contenu impur, attire à lui les éléments faibles, les mêle à ce qui est mauvais, trompe les hommes et les aide à se tromper eux-mêmes, en ce qu’il se persuade, et en persuade d’autres qu’ils ont soif de spirituel et qu’ils apaisent cette soif à une source pure. De telles œuvres ne servent pas le mouvement ascendant, elles l’entravent, freinent les forces de progrès, et empestent ce qui les entoure.
De telles périodes, au cours desquelles l’art n’a aucun représentant valable, où nul ne tend aux hommes le pain sublime, sont les « périodes de décadence du monde spirituel. »

….

« Le jaune est la couleur typiquement terrestre. Le jaune ne saurait devenir très profond. Lorsqu’on le refroidit au moyen du bleu, il prend, ainsi qu’il a été dit plus haut, un ton maladif. Comparé aux états de l’âme, il pourrait servir à la représentation colorée de la folie, mais non mélancolie, ou hypocondrie, mais accès de rage, délire aveugle, folie furieuse. Le malade s’en prend aux hommes, renverse toute, disperse ses forces physiques de tous côtés, les utilise sans but et sans limites, jusqu’à l’épuisement. Cela fait également penser à l’extravagant gaspillage des dernières forces de l’été dans les feuillages criards de l’automne, dont le bleu apaisant s’est retiré et monte au ciel. Il se crée alors des couleurs d’une puissance folle, sans profondeur.
[…]
Le bleu est la couleur typiquement céleste. Le bleu développe très profondément l’élément du calme. Glissant vers le noir, il prend la consonance d’une tristesse inhumaine. Il devient un approfondissement infini dans des états graves qui n’ont pas de fin et qui ne peuvent en avoir. A mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient moins, le bleu prend un aspect plus indifférent et paraît lointain et indifférent à l’homme, comme un haut ciel bleu clair. Plus il s’éclaircit, plus il perd de sa résonance, jusqu’à devenir un calme muet, devenir blanc. Musicalement, le bleu clair s’apparente à la flûte, le foncé au violoncelle, s’il fonce encore à la sonorité somptueuse de la contrebasse ; dans ses tons les plus profonds, les plus majestueux, le bleu est comparable aux sons graves d’une orgue.
Le jaune devient facilement aigu et ne saurait devenir très profond. Le bleu atteint rarement l’aigu et n’arrive pas à une grande hauteur. »

Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, Wassily Kandinsky

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s