REVUE DISSONANCES n°32 « NU », été 2017

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« Et les hommes connurent qu’ils étaient nus » nous rappelle l’édito de ce très beau numéro de Dissonances dédié au thème de la nudité.

« Revue disciplinaire à but non objectif », Dissonances est une revue au ton libre qui propose chaque trimestre un appel à textes anonymé. Cette fois donc, il s’agit d’un Dissonances sur ce qu’on dévoile et ce qu’on dissimule et il est illustré par les collages de Laure Missir.

Dissonance 32

Nous retrouvons dans ce numéro des auteurs connus et des moins connus. Ainsi le premier à ouvrir le bal est Lambert Schlechter avec un texte intitulé « Voir nu, regarder sexe » qui interroge la nudité dans ses premiers émois, ceux de l’enfance et de l’adolescence. Trouble  qui n’est pas toujours sexuel et rejoint  forcément l’art du beau. En peinture, par ex,  « il y a un inépuisable trésor de féminine nudité ». « Il n’y a pas de sexe féminin en peinture ni en sculpture. Il y a l’ineffable beauté des femmes dans les beaux arts mais pas de sexe. »

C’est de la désobéissance qu’est née la conscience de la nudité et dès lors le désir d’en jouir nous rappelle Lambert Schlechter. Je ne peux m’empêcher de relever ce très bel extrait de son texte tiré de « Paroles de Dieu dans « Fragments du journal intime de Dieu », fragment 5633 – Quand il s’agissait de façonner le sexe d’Adam, je n’ai pas longtemps réfléchi, suffisait que ça soit fonctionnel & efficace, la mécanique de l’érection, il faut le dire, est ingénieuse, mais je n’avais aucun souci esthétique. Quant à l’élaboration de la vulve, ça m’a coûté, j’ai mille esquisses & brouillons, pour arriver finalement à ce chef-d’oeuvre de raffinement. Et ça me plaît qu’il y ait à cet endroit-là cet accord exquis entre beauté et jouissance. »

Le sommaire est très riche et compte donc des textes ou poèmes courts et des textes ou nouvelles longs. Chacun avec une écriture très moderne fait appel à son imaginaire de la nudité, et recrée ou retransmet un univers angoissé ou angoissant, noir souvent, lucide toujours.

Qu’elle soit désirante pour Romain Paris, qu’elle déclenche le rire pour Delphine Burnod, gênante, encombrante, la nudité toujours renvoie à l’image du corps dans son extrême fragilité qui avance vers sa fin.

« Nous brandissons nos chairs comme des flambeaux dans l’obscurité » clôt et confirme le poème de Sara Bourre.

« Nous sommes des émanations des sous-sols. Ecoutez… » (Xavier Serrano)

« On naît tous nus on le reste ». (Florence Peretti)

Le corps, nu, la peau aussi, le cuir. Le corps qu’on couvre et le corps qu’on dé-couvre.

Ce que ça dit, délivre et ce que ça cache, de honte, d’aveux, de terreurs, de sang, de pudeur…

Le corps nu dans sa manifestation la moins édulcorée, la plus crue, la plus souffrante renvoie à la thématique de la honte, et n’est pas sans rappeler celle de Noé dont le manteau ne couvrira jamais le péché.

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« Je n’ai d’amis que celles et ceux qui s’oublient en parlant. Ils pensent à nu ». P. Quignard.

Une double page intérieure a sélectionné quelques citations d’auteurs pour dépasser la question du corps .La nudité ne saurait être considérée de manière exhaustive autour du corps seulement.

La nudité de l’esprit et de l’âme, dans sa vérité intérieure est aussi abordée, mais  celle  des corps y trouve sa place naturelle, donnant à l’ensemble le sentiment que, si pudiquement l’esprit se met à nu c’est pour poser ses mots et dire surtout le malaise des corps.

« La nudité est antérieure au corps, et le corps quelquefois s’en souvient ». R. Juarroz, Tercera Poesia Vertical

En seconde partie, une section intitulée Résonances inclut 4 autres sous-sections :

Dissection propose un entretien avec Philippe Jaffeux et à son oeuvre poétique conceptuelle. (sur Ecrit Parlé)

Disjonction offre quatre regards croisés sans concession sur le livre de M. Houellebecq Soumission, « parfaitement calibré pour vendre » ( Anne-Monteil-Bauer), « à défaut d’être Huysmans c’est un cuisinier doué » (Jean-Marc Flapp), « bégaiement maladroit, pet littéraire désabusé essayant de se draper dans des attitudes nihilistes » (Julie Proust Tanguy), « roman qui comble magistralement les attentes de ses lecteurs, surfant sur les peurs du moment »( Côme Fredaigue) etc. Points de vue auxquels j’adhère sans réserve.

Dissidences au contraire recense les lectures coups de cœur, dont par ex A l’ouest des ombres de Seymus Dagtekin (ma recension ici) ou encore L’Etre et l’écrit de Hubert Haddad, entre autres.

Et enfin disgression présente sous la plume de Rachel Benitah, la chorégraphe (« l’une des plus marquantes de notre époque ») Maguy Marin « l’insoumise », évoquant notamment son travail à partir de May B de Beckett, dont elle obtint les droits pour en faire un des chefs-d’oeuvre chorégraphiques du 20e siècle, travaillant « sur la fragilité du corps, la question du silence et de l’immobilité ».

« Mon métier consiste à soulever des forces. Avec des éléments simples, comme Samuel Beckett dans son texte Cap au pire. Ce qui m’inspire ce sont les êtres qui touchent à ça, au burlesque et au tragique de nos existences. »

(les photos, collages de Laure Missir sont ceux présentés dans la revue)

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"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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