Et le rossignol chantait (extraits) (2)

1er extrait :

[…]

               Et le rossignol continue sa plainte. S’entend comme une ritournelle, un autre tout pareil, mutettu précieux qui m’appelle : « dans l’or de la mer, /chante le rossignol/ d’une voix dolente. Je ne pouvais rester/seul dans la campagne /sans te voir ». Il égrène sa musique à l’abri de la feuillée des arbres, siffle l’eau des rivières et des étangs, se penche au-dessus du printemps, et malgré le bruit que fait la pluie dans les feuilles, malgré les nuages et la brume qui se déplacent dans le ciel et dans mon cœur, sa lamentation se fait prégnante, elle emporte ta douleur et vient panser la mienne.

Et moi, je cours sur les galets, pieds-nus, en criant avec les mouettes, les bras grands ouverts, puis je me retourne, je t’appelle, sautillant au devant de toi. « Cours pas, tu vas tomber, et mets tes sandales, vite ! » Et je tombe, je ris, je me relève, je ne remets pas mes sandales, les tiens au bout de mes doigts. Je repars, battant des bras, bondissante toujours, légère, toujours légère, une plume. « vaï, t’as pas mal au pied, toi, tu es légère comme une plume ».

De mes toutes premières années, de ce temps où l’innocence était sœur de l’ignorance, ce temps où je ne savais rien, ou savoir ne m’intéressait pas, où rien n’existait que l’amour, je n’ai rien perdu. Peu importe alors qui m’en donnait ou pas. Toi, tu étais là. Je cours sur les galets et tu marches derrière moi, d’un pas tranquille mais sûr, des sourires plein la tête et le cœur. De tous mes souvenirs, la mer est le réceptacle, et aussi celui de mes humeurs, de mes interrogations et mes premiers chagrins.

Le soleil est presque couché, nous marchons maintenant sur le sable tiède, la plage est déserte, les vagues se sont apaisées dans le soir d’été finissant, à flanc d’eau et de sel, on se perd dans l’horizon voilé d’où tombe une brume épaisse, condensation de plusieurs journées trop chaudes. Pas un bruit dérangeant, sinon le cri des oiseaux, un gabian, un moineau, l’aboiement d’un chien au loin, un criquet dans l’herbe du talus, quand les cigales se taisent soudain dans les pins, nous n’aimons toi et moi que ces silences-là.

2d extrait :

[…]

        Au fond de la forêt enchantée de mes songes et des contes de mon enfance, il y avait un chant obscur et mélancolique, capable de guérir et de m’ouvrir un chemin. A la tête de ce royaume, un oiseau charitable au chant de lumière, dont la gorge et le cœur allaient jusqu’aux étoiles déposer d’un frisson d’ailes, ces paroles offertes que je cherchais, ce trésor enfoui au plus profond de ton âme, qu’il avait gardé pour me l’offrir.

J’ai suivi le rossignol, il était caché quelque part, loin au fond du jardin secret. Souvent, je l’ai perdu de vue, mais toujours il me revenait, toujours je savais sa présence en moi. J’ai attendu qu’il remonte jusqu’à mes lèvres.

[…]

Publié par

"J'ai mis tous mes efforts à former ma vie -voilà mon métier et mon ouvrage" Montaigne

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